Chauffeur, si t’es champion…

Difficile de ne pas se faire remarquer à 18 ans avec une voiture orange flanquée d’un Garfield (dessiné par ma sœur) sur la portière du conducteur. Qui plus est, une 2CV.

Je me souviens de voyages pour le moins épiques. Quand, en descente d’une côte particulièrement pentue entre Prigonrieux et La Force (24), la capote se déroulait soudain et volait au vent, détachée du toit de la voiture. Quand, à la faveur d’un mouvement pour me caler le dos contre le fauteuil, alors que je roulais à fond les ballons sur la route me conduisant à Bordeaux, celui-ci, sorti brusquement de ses rails me faisait basculer en arrière. Quand enfin, en compagnie d’amies, en direction de Bergerac, nous ne comprenions pas pourquoi la voiture crachait autant de fumée et avançait à marche forcée.

Ça n’est que sur la rue en pente longeant la Dordogne à Bergerac que j’ai compris. Craignant un démarrage en côte problématique voire impossible après sept kilomètres très poussifs, j’actionne le frein à main. Au feu tricolore, plusieurs voitures me précèdent, d’autres me suivent. Le feu passe au vert. Je desserre le frein à main et, au lieu d’anticiper l’accélération, j’appuie une seconde trop tard sur la pédale et (je rappelle que nous sommes en pente, que mes amies sont tour à tour inquiètes et hilares) mon pare-choc arrière heurte la voiture derrière moi et secoue mes passagères. État des lieux rapide et heureusement pas vindicatif avec l’automobiliste impliqué dans la collision (mineure). Plus de peur que de mal. Chacun retourne dans son habitacle alors que la file s’allonge et d’humeur impatiente, klaxonne. Le feu vert retourne au rouge. Puis au vert. Avec le soutien palpable de mes amies, je parviens à redémarrer sans accroc.

Là, je comprends enfin pourquoi les sept kilomètres ont été haletants. Je m’en ouvre auprès de mes passagères : on a roulé tout ce temps avec le frein à main actionné !

30 et quelques années plus tard, mes amies Karine et Christelle se souviennent encore de l’épopée et du fou rire irrépressible qui a suivi. Un rire à gorge déployée, retraçant l’incrédulité, l’inquiétude, et les « qu’est-ce qu’il se passe », « ohlala la fumée, t’as vu ? », « passe une vitesse, pour voir », « on va jamais y arriver », 7km durant, et mon fauteuil à bascule qui n’a pas manqué, encore, de sortir de ses rails.



Le mot du jour IWAK était conduire.

IWAK : Inktober with a keyboard, EncrOctobre avec un clavier 😉

Pour qui s’interroge sur l’incongruité des jambes surgissant de la vitre côté conducteur, la voiture a fait partie d’un roman-photos fabriqué au Centre de Loisirs où j’étais animateur. Narrant une histoire inracontable, nous avons écrit un épisode se déroulant dans ma 2CV.

Commentaires

  1. Karine

    Que d’excellents souvenirs avec Christelle et toi, celui-ci en particulier, bien évidemment ! Très bien écrit ! Je nous y revois et en ris encore ! 🤣🤣🤣
    Merci Lolo ! 🥰

  2. Un Garfield sur la portière ? ça c’est la marque d’un goût très sûr ! 🙂
    Pour ma part sur ma Fiat 500 que j’avais repeinte en « bleu Gordini » j’avais collé en biais, depuis le pare-chocs avant en passant par le capot jusqu’à la portière passager, des pieds orange, antidérapants (normalement destinés aux baignoires et bacs de douche pour éviter les glissades intempestives… )
    Ça avait de la gueule quand j’arrivais devant le lycée où je bossais comme surveillant… et ça rendait ma voiture quasiment involable !
    On était jeune, on était fou-fou !

    • ça devait avoir de la gueule mais j’ai du mal à visualiser. Oui on était fou-fou et j’ose espérer qu’on l’est encore.

  3. au moins toi tu conduis comme il faut, pas comme les zozos que je croise en vélo à Paris.

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