Écrire Kevin ou Rimbaud sur les murs ? De premier abord ou même de dernier abord, je préfère Arthur. Même si, vous allez voir (lire), Kevin sur les murs est une énigme qui me laisse perplexe.
Samedi matin. Direction le magasin de bricolage place Sébastopol, Marseille. Je croise une dame qui dit à son téléphone « je ne suis pas un lapin de six semaines, non mais oh! ». Je croise un gars, le nez sur ses pompes, une casquette vissée sur le crâne sur laquelle est écrit Gustave Gertrude. À la sortie du métro Cinq-Avenues, sur le trottoir un pigeon en céramique échappe aux passants. Sur un panneau en bois, un énorme cœur rouge vif peint à la bombe au-dessus duquel figure le slogan : ON VEUT DE L’AMOUR… (par AIMA @1coeurdeplus).

J’ai fait la magique étude du bonheur qu’aucun n’élude. — Arthur Rimbaud
Sur le chemin qui me mène Place Sébastopol, je lis aussi sur les murs crasseux de la ville. J’ignorais que Rimbaud était mort à Marseille, à l’hôpital de la Conception (triste ironie). C’est la compagnie Bleu, grâce à ses collages sur les murs des 4e et 5e arrondissements, qui me l’apprend : Un projet en collaboration avec l’Hôpital de la Conception et la Mairie du 4/5.

Maintenant, je m’encrapule le plus possible. Pourquoi ? Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. AR


Je passe d’Arthur à Kevin. De 1871 à 2024. La chute est rude mais l’étonnement intact. Un rien m’émerveille, m’assomme ou m’interloque. Un cœur rouge vif, un morceau de céramique pour réparer un bout de trottoir, des prénoms, un prénom, le même, écrit sur les murs du boulevard Clémenceau mais côté impair seulement, allez savoir pourquoi. Kevin calligaphié droit et souligné au n°3 du boulevard, en diagonale au 23 puis au 13, juste KEV à la verticale au 21 ou à l’envers au n°17. En face, côté pair, un bar propose les glaces de l’éléphant rose à pois blancs. Au n°8, sous le rebord d’une fenêtre aux volets blancs fermés, un message annonce : Claude est mort.
Peuchère.
Que le souvenir de Claude soit longtemps loué, par Kevin ou par d’autres. Celui d’Arthur, on sait bien, durera encore un peu !
Ah ça. Les tags à la gloire de Kevin ne feront pas long feu. À la rigueur, ils intriguent les gens du quartier.
La jambe de Rimbaud,
De retour à Marseille
Comme un affreux cargo
Chargé d’étrons vermeils,
Dérive en immondices
À travers les égouts.
La beauté fut assise
Un soir sur ce genou.
Hubert-Félix Thiéfaine (« L’affaire Rimbaud »)
Une chanson magnifique, je te conseille. ^^
Merci pour les mots de HF Thiéfaine. Je ne connais pas et je vais écouter ça de ce pas 🙂
J’ai écouté. Je ne connais pas la vie de Rimbaud (honte sur moi), je ne comprends donc rien à la chanson. Mais je vais me renseigner 😉